CPIM: une prise en charge innovante, brève et efficace

Learning Brain veut cette fois vous parler de la méthode CPIM à laquelle toute notre équipe est formée. Nous l’avons brièvement abordée plusieurs fois sur notre blog mais nous avions envie de lui consacrer un article afin de vous apporter plus d’informations.

Ça veut dire quoi «CPIM»?

En voilà une bonne question! Et voici la réponse: CPIM est l’abréviation de «Child-Parent Interregulatory Method». Petite traduction pour ceux qui n’ont vraiment rien suivi au cours d’anglais: Il s’agit d’une méthode qui vise la régulation de l’interaction parent-enfant.

Heu... C’est - à - dire ?

CPIM est une méthode qui agit sur les capacités d’autorégulation de l’enfant/adolescent (fonctions exécutives) et ce, tant sur le plan cognitif que comportemental par le biais de la régulation de l'interaction parent-enfant. Par conséquent, cela a un impact également sur la sphère émotionnelle et affective (plus de confiance en soi, notamment).

CPIM identifie d’abord les habitudes parentales qui aident ou freinent le développement des fonctions exécutives de l’enfant/adolescent. Ensuite, elle propose d’impliquer le parent dans le suivi de son enfant afin de créer l’opportunité pour ce dernier de développer ces fonctions en le stimulant efficacement. Pour ceux qui n’auraient pas lu notre article sur les fonctions exécutives, je vous le conseille! Il vous permettra de bien comprendre ces fonctions cognitives indispensables.

Méthode brève, qu’est-ce que ça veut dire ?

Eh bien, la prise en charge proposée se déroule sur 4-5 séances. Plutôt sympa, non ? De plus, le suivi est «écologique». Ceci n’a aucun rapport ici avec le recyclage de vos déchets et la protection de la planète, bien que je vous invite à y être attentifs. Non, le terme « écologique» signifie que le suivi se fait directement dans le quotidien de l’enfant et en tenant compte de ses tâches.

Pour bien comprendre comment est née cette méthode, sur quelles bases théoriques elle repose et ce qu’elle apporte tant aux thérapeutes qu’aux familles, j’ai posé quelques questions à Gabriela Pérez Acevedo, l’auteure de CPIM et co-fondatrice de CPIM srl, ainsi qu’à Laura Bertleff, co-fondatrice de CPIM srl.

Comment et quand est née CPIM?

Gabriela nous explique qu’elle a commencé à travailler en 2009 avec des enfants, 3 ans avant les débuts de CPIM. Elle avait déjà une forte intuition concernant le rôle des parents dans les comportements des enfants. La première passation de l’activité CPIM a eu lieu en 2012 pour une famille dont les parents, désespérés, consultaient car leur fils ne voulait pas se séparer de sa maman. Ils avaient déjà consulté plusieurs professionnels et ce, sans résultat. Pendant l’anamnèse, elle s’est rendue compte que les deux parents étaient très focalisés sur les besoins de leur enfant, lui portaient une attention constante. Cependant, elle sentait que ses intuitions et observations pendant l’anamnèse ne suffisaient pas, il fallait qu’elle puisse leur montrer concrètement les choses. Elle leur a donc proposé une activité. Les choses lui sont apparues de manière encore plus évidente. L’enfant décidait, les parents suivaient ses désirs et focalisaient leur attention sur lui. Cet enfant avait forcément du mal à se séparer de ses parents puisqu’avec ces derniers, il avait TOUT et que, sans eux, les choses ne se passaient pas comme cela. Gabriela voulait avoir une trace de ce qu’il se passait devant elle et a donc commencé à prendre des notes pour transmettre les informations aux parents de manière très concrète, objective, sans interprétation de sa part. Ce qui était évident pour elle a étonné les parents dans un premier temps car ils n’en avaient pas conscience. Ils ont bien compris sans qu’elle ait besoin de dire grand-chose. Le premier suivi CPIM a alors commencé et a très bien fonctionné, les parents étaient très contents.

Suite à cette expérience, Gabriela a fait passer la même activité à tous ses patients. A force, elle s’est rendue compte que tous les enfants présentant un certain type d’interaction avec leurs parents avaient les mêmes types de comportements. Cela lui a permis de tracer les profils des enfants en fonction des interactions parents-enfant.

Sur quelles données théoriques s’appuie cette méthode ?

CPIM se base surtout sur les théories socio-cognitives qui nous indiquent que les fonctions cognitives supérieures ou les capacités d’autorégulation apparaissent d’abord dans un contexte d’interaction sociale et, ensuite, dans un contexte individuel. C’est-à-dire que pour qu’un enfant parvienne à s’autoréguler, il faut d’abord passer par une CO-régulation qui viendrait de quelqu’un d’extérieur (et donc, son parent).

Vous n’êtes pas sûrs d’avoir bien compris ?

Faisons alors un parallèle avec le développement du langage. Pour qu’un enfant puisse un jour se mettre à parler, il faut d’abord (sans problème neurologique ou handicap bien sûr) qu’on lui parle (contexte d’interaction sociale). C’est seulement si on lui parle, qu’il entend des mots et des phrases qu’il va un jour réussir à prononcer ses propres mots (contexte individuel). Pour le développement des fonctions exécutives et de l’autorégulation, c’est pareil ! Donc pour qu’un enfant puisse, par exemple, se mettre en action par lui-même (initiation) OU se stopper dans son activité (inhibition), par exemple, il doit d’abord être régulé par ses parents qui sont les personnes les plus proches de lui.

Notez que le cerveau se développant de l’arrière vers l’avant, le cortex préfrontal (siège des fonctions exécutives) se développe jusqu’à tard (jusqu’au début de l’âge adulte). Ce développement prolongé du cortex préfrontal laisse une fenêtre d’opportunités énorme aux influences de l’environnement (notamment, l’interaction parent-enfant). L’interaction parent-enfant a donc un impact important sur le développement des fonctions exécutives.

Quand et comment cette méthode totalement inconnue dans notre plat pays a-t-elle commencé à être utilisée en Belgique?

C’est Laura qui nous explique qu’elle a commencé à utiliser la méthode CPIM dans sa pratique à l’arrivée de Gabriela en stage dans son cabinet en 2019 (depuis environ 2 ans). Il s’agissait en effet d’une méthode totalement inconnue mais tellement intuitive. Cela faisait un certain temps que Laura se rendait compte du rôle que jouaient les parents dans le fonctionnement de leur enfant. Elle s’en était aperçue surtout chez ceux qui manquaient d’autonomie. En effet, par exemple, comment ces enfants pouvaient-ils développer cette capacité alors qu’on faisait systématiquement les choses avec ou pour eux ? Quand Gabriela a expliqué la méthode qu’elle utilisait depuis 2012, elle lui a fait confiance et a très rapidement observé de très bons résultats, ce qui l’a convaincue de l’importance et de l’utilité de cette méthode. Dans les études scientifiques, on pouvait lire le lien entre le développement du lobe préfrontal et l’interaction parent-enfant mais, dans la pratique clinique, rien n’existait.

Les méthodes de guidance parentale ou les programmes d’habiletés parent ales tiennent compte de l’interaction parent-enfant. Quelle est la différence entre CPIM et ces méthodes ?

Dans la guidance parentale, l’objectif est d’aider les parents à adopter des habitudes éducatives plus adaptées pour gérer les comportements de leur enfant et diminuer le stress que les parents peuvent éprouver.

Gabriela explique que CPIM a bien évidemment aussi cet objectif mais pas uniquement. Ce qui est visé également c’est l’autonomie de l’enfant, ce qui impactera différentes capacités cognitives (et notamment, exécutives). L’autonomie est la capacité qui permet à l’enfant de faire les choses par lui-même, sans indiçage du parent. CPIM cherche également à développer «l’auto-contrôle» (de ses émotions et de sa propre conduite; par exemple: je ne coupe pas la parole, je respecte les autres, j’attends mon tour, ...). Le développement de l’autonomie permet un meilleur transfert.

En effet, si un enfant devient plus autonome, il ne l’est pas uniquement à la maison mais le sera également à l’école et dans ses autres contextes de vie. Le fait qu’il parvienne à s’auto-réguler aura un impact sur son comportement à la maison et à l’extérieur de celle-ci.

Dans le suivi CPIM, comme dans les autres programmes de guidance parentale, les parents apprennent comment faire pour gérer les comportements de leur enfant. Cependant, avec CPIM, ceci n’est nécessaire que dans un premier temps. En effet, l’enfant commence assez vite à s’auto-réguler et devient plus autonome, ce qui veut dire que les parents ne doivent pas continuer à toujours gérer les comportements de l’enfant. Comme il parvient mieux à gérer son comportement et ses émotions de lui-même, le parent n’aura plus besoin de le faire pour lui. Le climat devient donc nettement plus serein à la maison.

Une différence importante entre les deux types de suivis est donc que la guidance parentale, contrairement à CPIM, n’a pas comme objectif d’améliorer les fonctions cognitives sous-jacentes aux problèmes de comportement de l’enfant.

Quelles sont les différences avec les suivis neuropsychologiques classiques et en quoi cela peut changer la pratique du professionnel ?

Laura nous explique qu’avant CPIM, cela faisait un moment qu’elle ressentait un sentiment d’imposture en observant les limites de tout ce qu’elle faisait. Notamment, elle avait souvent l’impression d’être «à côté» de la vraie vie de l’enfant et ne constatait pas de transfert entre ses séances et la vie quotidienne. Elle n’avait pas d’outils lui permettant d’avoir un réel impact sur la sphère émotionnelle et affective. Dans les suivis neuropsychologiques classiques, beaucoup d’adaptations, d’aménagements sont proposés et ce, presque directement, comme si les symptômes de l’enfant étaient irréversibles, immuables. Depuis CPIM, elle ressent un sentiment d’efficacité nettement plus important car elle observe un transfert dans la vie quotidienne et ce, dans différentes sphères (émotionnelle, cognitive et comportementale). De plus, CPIM offre un espoir pour les familles à qui on propose un nouveau bras de levier (et à moindre coût!). Beaucoup de symptômes disparaissent en travaillant l’interaction parent-enfant.

Laura ajoute que CPIM lui a permis de comprendre que les tests neuropsychologiques classiques ne suffisaient pas à poser un diagnostic et, même s’ils sont utiles, ne sont pas suffisants.

Ces petites questions-réponses vous permettent, je l’espère, de mieux comprendre la méthode CPIM.

Il a rapidement semblé urgent à Laura et Gabriela de parler de cette méthode car beaucoup de thérapeutes se sentent démunis, s’épuisent, ne savent pas comment impliquer les parents dans leurs suivis et non pas conscience des liens entre le développement des fonctions exécutives et l’interaction parent-enfant. Elles proposent donc une formation pour les thérapeutes. N’hésitez pas à consulter le site internet de CPIM pour en savoir plus. Elles souhaiteraient également rapidement pouvoir faire de la prévention auprès des parents et des professionnels «de première lignes» (comme les éducateurs en crèche, par exemple).

Depuis l’été 2020, plusieurs thérapeutes ont été formés à cette méthode. Voici quelques retours de leur part:

En espérant que cet article vous ai plu, Learning Brain vous souhaite d’avance de magnifiques fêtes de fin d’année. Prenez soin de vous et de vos proches! Bisous masqués !

Marie Baccus et Laura Bertleff, pour Learning Brain

(avec la collaboration de Gabriela P.Acevedo)