L’hypersensibilité, c’est quoi ?

Learning Brain a envie de réfléchir avec vous sur ce sujet. Cet article a pour objectif d’amener à une réflexion, à faire le tri dans tout ce qu’on peut lire au sujet de l’hypersensibilité. Nous n’avons pas ici vocation à donner une juste réponse sur ce sujet encore assez flou, y compris pour la communauté scientifique.

Nous pouvons lire sur le net que 20% de la population est hypersensible. Si elle touche autant de monde, Learning Brain considère que cela vaut bien la peine d’en parler ! Mais c’est quoi exactement, l’hypersensibilité ? Quelles sont les caractéristiques des personnes hypersensibles ? Y a-t-il des données scientifiques sur le sujet ? Qui souffre d’hypersensibilité ? A partir de quand peut-on se dire hypersensible ? Est-ce une maladie ou une particularité ? Nous allons nous poser toutes ces questions et réfléchir à ce que ce concept implique.

Ebauche de définition

Le docteur Elaine N. Aaron, chercheuse et psychologue, définit l’hypersensibilité comme étant un trait de caractère (et non une pathologie) reflétant une sensibilité plus forte que la moyenne.

L’hypersensibilité est, selon Saverio Tomasella, psychanalyste et docteur en psychopathologie, un tempérament.

Heu… ça veut dire quoi exactement ?

Le tempérament c’est en fait la disposition de base de l’individu, les fondements de sa personnalité. En effet, le docteur Aaron explique que la sensibilité accrue serait une caractéristique innée qui se développerait différemment d’une personne à l’autre, en fonction de l’environnement dans lequel l’individu évolue. Cela dépendrait, par exemple, du type de réponse de l’entourage (les parents valoriseront-ils cela ou vont-ils réprimander l’enfant ?) ou des événements vécus (deuil, dépression, burn-out, …).

En résumé, HYPERsensibilité signifierait donc sensibilité PLUS FORTE que la moyenne et sa manifestation dans le quotidien dépendrait de l’environnement dans lequel l’enfant grandit. Mais sensibilité à quoi ? Aux émotions ? Aux sensations ? Aux relations ? Aux mots qu’on nous renvoie ? A tout ça peut-être ?

Selon les recherches qui ont été menées et selon la définition du docteur Aaron, quatre caractéristiques principales doivent impérativement être présentes chez l’individu pour le considérer comme « hypersensible » :

  1. Un traitement profond de l’information : la personne « hypersensible » traiterait l’information plus longtemps avant de passer à l’action.

  1. Sens plus développés et réactions plus intenses aux informations sensorielles (reçues par nos sens) : les personnes « hypersensibles » peuvent donc se sentir très fatiguées et avoir besoin de s’isoler dans des situations « sur-stimulantes » au niveau sensoriel (et donc auront du mal à se concentrer dans ce cas). Ex : une salle de fête avec de la musique, des jeux de lumière, …


  1. Réactivité émotionnelle importante et grande empathie : cela englobe non seulement la difficulté à gérer les émotions qui submergent, le fait de vivre tout de manière plus intense et la sensibilité accrue au regard des autres mais également d’être très sensible aux autres (à leurs émotions et ressentis). Le docteur Aaron aurait mis en évidence le fait que les personnes hypersensibles auraient un nombre plus importants de neurones miroirs (ce qui entraine un vécu plus intense des émotions d’autrui). Il est donc parfois difficile pour ces personnes de faire la part des choses entre leurs ressentis et ceux des autres.


  1. Sensibilité aux stimuli « subtils » de l’environnement : les personnes hypersensibles pourraient repérer des stimuli sensoriels assez faibles, que d’autres ne percevraient pas (ex : un son très faible, une odeur particulière, un détail « insignifiant » au niveau visuel, une sensation particulière au toucher, un goût qui donne la nausée, …). Ces stimuli pourraient retenir toute leur attention jusqu’à ce qu’ils disparaissent.

Cette dernière a d’ailleurs développé un questionnaire, sensé nous indiquer si nous sommes hypersensible ou non. Voici le lien vers ce questionnaire dont nous n’avons par ailleurs pas trouvé de preuve de sa validation scientifique :

La définition développée par le docteur Aaron est celle la plus fréquemment retenue dans le domaine mais certains chercheurs et d’autres articles lus lors de notre balade sur le web n’utilisent pas cette définition. Par exemple, certains différencient clairement hypersensibilité émotionnelle et hypersensibilité sensorielle (que nous évoquerons un peu plus loin). Saverio Tomasella, psychanalyste, précise même que « comme il s’agit de sensibilité, donc de ressenti, il ne peut pas y avoir de définition officielle, rigide et définitive. Chaque personne va donc définir pour elle-même ce qu’elle considère comme son « hypersensibilité » ou sa « sensibilité élevée ». »

Au vu de tout cela, il semble important de se questionner sur la part de subjectivité qui intervient lorsqu’on parle d’hypersensibilité. Est-ce une étiquette à porter « à vie » ? Comment différencier la sensibilité de l’hypersensibilité ? Y-a-t’ il des seuils qui permettent de les différencier ? Il semblerait que nous nous basions actuellement essentiellement sur des autoévaluations, qui restent donc assez subjectives. A quelles « normes » devons-nous nous fier pour attester de la présence d’hypersensibilité ?

Le rôle de l’environnement

Les professionnels s’accordent visiblement pour dire que l’hypersensibilité a une part d’inné (le tempérament de base de l’individu) mais que sa manifestation et son développement vont dépendre de l’environnement dans lequel l’enfant évolue.

Saverio Tomasella explique, par exemple, qu’« un enfant très sensible qui grandit dans une famille qui accueille, favorise et valorise la sensibilité sera à l’aise avec ses ressentis, alors qu’il deviendra difficile à vivre et perturbant dans un environnement différent. ». La façon dont l’entourage va réagir face aux émotions de l’enfant serait donc importante.

Haut Potentiel, troubles neurodéveloppementaux et hypersensibilité

Alerte Neuromythe !!! Il a été prouvé que l’hypersensibilité n’était pas spécifique aux personnes ayant un Haut Potentiel Intellectuel (HPI). De plus, la théorie selon laquelle toutes les personnes HPI sont hypersensibles a été invalidée également. Par ailleurs, les personnes HPI qui sont très sensibles le sont souvent de manière encore plus intense, ce qui peut donc apparaitre de manière plus flagrante pour leur entourage.

Dans le cadre du haut potentiel ainsi que de certains troubles neurodéveloppementaux comme le TDAH ou l’autisme, le terme « d’hyperesthésie » est parfois évoqué. L’hyperesthésie, c’est en fait l’hypersensibilité sensorielle qui reflèterait une sensibilité particulièrement développée d’un ou plusieurs sens, ce qui pourrait entrainer un inconfort ou un mal-être.

A nouveau, nous pouvons nous demander comment valider qu’une personne est hypersensible sur le plan sensoriel ? Peut-on évaluer scientifiquement, c’est-à-dire sur une autre base que les dires de la personne elle-même, le degré de sensibilité ?

Notons par ailleurs qu’un questionnaire (à remplir par les parents), scientifiquement validé, a été développé afin d’évaluer les capacités de traitement de l’information sensorielle (enfants de 3 à 11 ans) et l’impact de ce traitement sur la vie quotidienne de l’enfant : Le profil sensoriel de Dunn.

Lien avec la neuropsychologie et les fonctions exécutives

Chez Learning Brain, nous avons toutes suivi la formation « CPIM » (Child-parent Interregulatory Method) :

Et cette dernière nous permet ici d’aller un peu plus loin dans notre réflexion en nous demandant si « l’hypersensibilité » rapportée par de nombreux parents en était réellement. En effet, ce terme est fréquemment utilisé par les familles lors de l’entretien clinique. En tant que professionnel, il est essentiel de poser les bonnes questions pour comprendre ce qu’ils entendent exactement par « hypersensibilité ». En effet, si la définition est déjà floue pour les professionnels et scientifiques, elle l’est tout autant pour les familles qui consultent.

Voici certaines plaintes que peuvent évoquer des parents qui décrivent leur enfant comme « hypersensible » :

Sur base de ces plaintes, il est intéressant de se demander dans quel contexte ces comportements apparaissent. En effet, par exemple, si un enfant pleure facilement, il est utile de se demander dans quelles circonstances ces crises font leur apparition.

« Dès que je lui dis « non ! », il pleure et je ne sais plus rien en faire »

Cet enfant (que nous appellerons Pol parce que ça me plait) semble donc avoir un problème avec la frustration. Peut-il pour autant être considéré comme hypersensible ?

Un exemple parmi tant d’autres pour montrer l’importance de fouiller, par des questions précises, les termes utilisés par les patients. Ceux-ci peuvent en effet cacher des réalités très différentes d’une famille à l’autre. Encore plus dans le cadre de l’hypersensibilité dont la définition est encore floue pour les professionnels.

Nous nous sommes également demandé si nous ne pouvions pas faire un lien entre l’hypersensibilité et un dysfonctionnement exécutif. Petit rappel pour ceux qui n’auraient pas lu notre article consacré aux fonctions exécutives (mais lisez-le, c’est top !) : Miyake&coll. (2000) les définissent comme « l’ensemble des processus permettant à un individu de réguler de façon intentionnelle sa pensée et ses actions afin d’atteindre des buts ». Elles permettent de réguler et contrôler de manière intentionnelle notre comportement et de s’adapter aux nouvelles situations, à notre environnement.

Elles comprennent notamment des composantes comme l’inhibition et le contrôle émotionnel qui permettent, respectivement, d’inhiber des distracteurs et de moduler nos réponses émotionnelles en fonction de la situation (régulation émotionnelle). Les fonctions exécutives permettent donc de nous « autoréguler » sur le plan cognitif, comportemental et émotionnel.

De ce fait, l’hypersensibilité ne pourrait-elle pas être attribuée à un manque d’autorégulation émotionnelle face à un stimulus qui nous embête (un bruit, un goût, …) ou qui nous stresse, nous frustre, nous attriste, … ?

Pour être plus clairs par rapport aux questions que nous vous proposons de vous poser, nous allons reprendre les quatre caractéristiques principales qui doivent, selon le Docteur Aaron, être présentes pour parler d’hypersensibilité :

1. Un traitement profond de l’information

Comment évaluer cela ? Quelles mesures nous permettent de dire qu’une personne traite l’information pendant plus longtemps qu’une autre ? En allant plus loin, nous pouvons même nous demander si cette personne traite vraiment l’information pendant plus longtemps ou si, par exemple, elle commence à la traiter plus tard (ce qui augmente donc le temps total).

2. Sens plus développés et réactions plus intenses aux informations sensorielles

A nouveau, des tests systématiques existent-ils pour affirmer que telle personne a des sens plus développés et des réactions plus intenses que telle autre ?

De plus, des réactions plus intenses aux stimuli sensoriels peuvent être liées à un dysfonctionnement exécutif comme le fait, par exemple, d’avoir du mal à inhiber les distracteurs. Ceci entrainerait, forcément, de la fatigue puisque l’individu aurait alors du mal à faire le tri entre les informations pertinentes et non pertinentes.

3. Réactivité émotionnelle importante et grande empathie

Une grande réactivité émotionnelle pourrait également être liée à un dysfonctionnement exécutif impliquant le contrôle émotionnel. L’individu pourrait en fait avoir des difficultés à gérer et réguler ses émotions.

4. Sensibilité aux stimuli « subtils » de l’environnement

Je vous invite à relire notre questionnement du point 2.

Pour terminer, reprenons le cas de notre petit Pol, évoqué plus haut, qui, dès qu’il est frustré, se met à pleurer. Il est fort possible qu’ici encore, les fonctions exécutives jouent un rôle. En effet, Pol a visiblement du mal à résister à ses envies, attendre (parce que parfois on dit « non, pas maintenant ! » et pas juste « non ! ») et moduler ses réponses émotionnelles. Tout cela fait partie du domaine exécutif.

En espérant que cet article aura suscité chez vous intérêt et réflexion, Learning Brain vous laisse ici ! N’hésitez pas à nous partager votre ressenti face à ce type de publications !

Marie Baccus et Laura Bertleff, pour Learning Brain

Sources :

Formation CPIM (Child-Parent Interregulatory Method), Gabriela L. Pérez Acevedo et Laura Bertleff, www.cpimethod.com, contact@cpimethod.com